Note (retour) — I VIEUX NOËLS
Reading edition
—Bah! tu crois cela, toi? Ça m'a l'air d'être des histoires que l'on dit pour faire venir les étrangers et pour leur tirer de l'argent en leur montrant le chemin. Moi, je m'en méfie. Le sûr, par exemple, c'est que, dans le vilain bois sauvage qui est après, demeurent les broutches et les hades; tout le monde dans le pays te le dira. Ma mère et ma grand'mère que j'ai perdues, trop jeunes hélas! en avaient vu toutes les deux. Aucun chrétien n'oserait y passer quand le soleil est couché. D'ailleurs, n'y a qu'à aller voir: même, en plein jour, il y fait si sombre au sortir du champ, que cela donne peur. Des bêtes courent partout: des crapauds, gros comme ton béret, des serpents, longs comme cette aguillade8, des araignées, grandes comme la main d'un enfant, qui font leur toile d'un arbrisseau à un autre. On entend des cris de chouette, des sifflets, des plaintes, des gémissements. Les arbres, tant il y en a, se touchent presque. Il pousse là des genévriers et des buis énormes, comme l'on n'en voit que dans le parc du roi Henri, à Pau, et sur le haut des montagnes sauvages. Des ronces méchantes s'accrochent aux branches et retombent partout, griffant ceux qui s'en approchent. La mousse, une mousse presque noire, tant elle est serrée, empêche d'entendre marcher; l'air, pesant et chaud comme dans les maisons des riches, peut à peine passer. Ce sont les hades qui ont tracé le petit sentier droit qui va à travers les fougères. Quand la lune brille, il paraît blanc et fin comme le fil de ma quenouille. C'est par là qu'elles arrivent toutes, à la suite l'une de l'autre, à minuit, les jolies hades, dans leurs robes qu'on dirait tissées avec des fils d'araignées, couleur de la brume du matin. Leurs pieds touchent à peine la terre. Autour d'elles, les broutches, ces laides, tournent en faisant des grimaces, à cheval sur une racine de buis. Elles font, alors, leur sabbat, qu'on appelle, que c'est un tapage d'enfer. Dès la fine pointe du jour, tout ce monde disparaît. Les hades s'enlèvent ensemble, se perdent dans l'air, pareilles à la fumée; les broutches rentrent dans ces châtaigniers troués, frappés par le tonnerre, où nichent les hiboux, dans ces chênes qui ont de grosses bosses. Tiens, entends-les crier toutes à la fois... c'est terrible! Elles s'en donnent tant qu'elles peuvent maintenant, les maudites, sachant que, tantôt, elles devront se taire. Fais bien vite le signe de la croix, mon petit, et surtout, surtout, ne va jamais du côté de la Terrucole quand le soleil est couché, tu m'entends!