Note (retour) — JIVOIN PÉRITCH
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C'est que les Turcs sont absolument réfractaires à la civilisation. Il suffit, pour s'en persuader, d'observer ce fait que, depuis leur arrivée en Europe, ils sont restés presque stationnaires dans leur vie sociale. Si on constate quelques progrès techniques en Turquie, c'est aux Chrétiens qu'on le doit. On a dit des Chinois que c'était un peuple momie, on peut en dire autant, avec plus de raison encore, des Turcs, avec plus de raison, parce que les Turcs étaient, depuis des siècles, à proximité de la culture européenne, ce qui n'avait pas été le cas des Chinois. À quel point les Turcs résistent à la poussée de la civilisation, on le voit aussi d'après ce qui est arrivé lors de la formation des États chrétiens libres des Balkans. Ne pouvant supporter le nouvel ordre de choses, ordre européen, qui s'établissait dans ces États, anciennes provinces ottomanes, les Turcs en ont émigré pour aller s'installer soit dans la Turquie d'Europe, soit dans la Turquie d'Asie, où ils retrouvèrent les conditions de vie sociale qui convenaient à leurs idées et à leur caractère. La même chose se passe, à l'heure qu'il est, en Bosnie-Herzégovine: les Turcs quittent en masse ces pays, où l'Autriche-Hongrie projette de priver enfin les Turcs, par le rachat des droits féodaux des spahis, de la situation privilégiée que, jusqu'à présent, ils y occupaient comparativement aux kmètes serbes. Partout où la civilisation européenne commence à pénétrer, les Turcs s'enfuient; ils ne la souffrent pas plus que les chauves-souris ne souffrent la lumière. Civiliser la Turquie, ce serait chasser les Turcs de l'Europe. Le jour où les Turcs auront passé le détroit des Dardanelles, ce jour-là, la Turquie d'Europe2 sera acquise à la civilisation; le jour où la Turquie deviendrait pays de culture, ce jour-là les Turcs ne seraient plus en Europe. Et cette incompatibilité entre la civilisation chrétienne et l'islamisme, on la constate aussi dans les autres pays mahométans. Nous pouvons citer à cet effet la Perse. Le chaos qui règne dans cet État musulman ne date que de l'époque où il est venu en contact avec les idées européennes. On peut comparer les pays ottomans à ces objets qu'on exhume dans les fouilles de Pompéi et qui, dès qu'ils sont touchés par l'air, tombent en poussière. Pour ces pays, la civilisation européenne est pleine de venin: aussitôt qu'ils en sont touchés, ils en meurent. Ce n'est qu'en respectant le Coran et son système d'organisation de l'État que les pays mahométans peuvent durer; en s'en écartant pour marcher dans les voies tracées par la civilisation européenne, ils se sont perdus ou se perdront. Tant que la Turquie observait scrupuleusement les injonctions de Mahomet, elle était forte; mais dès qu'elle voulut introduire chez elle les réformes pour s'élever au rang des États modernes, sa force commença à décroître rapidement.