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Comment est née la révolution russe

Note 3 — AVANT-PROPOS

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Notons ce témoignage emprunté à l’Outro Rossii du 14/27 février 1917 : « La Douma a rempli son devoir. Si on peut lui reprocher quelque chose, ce n’est pas d’avoir voulu envenimer le conflit, bien au contraire… Cette lenteur, cette répugnance à prononcer une parole risquée avait son bon côté. Une telle Douma ne pouvait être soupçonnée par la réaction de tendances antigouvernementales. »

Dans la nuit du 12 au 13 mars (de notre style), c’est-à-dire lorsque la révolution était déjà un fait accompli, que les membres du Cabinet et les serviteurs de l’ancien régime étaient arrêtés, les membres élus du Conseil de l’Empire, ceux de la gauche de cette assemblée, adressaient encore à Nicolas II cette suprême adjuration :

« Nous, soussignés, membres élus du Conseil de l’Empire, nous accomplissons en nous adressant à Votre Majesté le devoir que nous impose notre conscience envers vous et la Russie. Par suite de la désorganisation complète des transports et l’arrêt des arrivages de matières premières et de combustible, les usines et les fabriques ont été obligées d’interrompre leur travail. Le chômage forcé et la crise extrêmement aiguë de l’alimentation provoquée également par la désorganisation des transports ont amené les masses populaires à une exaspération violente. Cette exaspération a été encore aggravée par la haine que le gouvernement avait provoquée dans le peuple et les soupçons dont l’âme populaire était animée envers le pouvoir. Tout cela a eu pour résultat de provoquer des troubles qui se sont développés avec la furie d’éléments déchaînés et ont entraîné l’armée avec eux. Le gouvernement qui n’a jamais bénéficié de la confiance de la Russie, a perdu actuellement tout crédit. Il est impuissant à prendre quelque mesure que ce soit envers la situation qui est très menaçante. Sire ! En conservant au pouvoir le gouvernement actuel, on ne fera que provoquer une ruine complète de l’ordre légal qui entraînera fatalement la défaite, la chute de la dynastie et les plus grandes calamités pour toute la Russie. Nous considérons que l’unique ressource qui reste à Votre Majesté consiste en un changement définitif de la politique intérieure conformément aux désirs qui ont été maintes fois exprimés par la représentation nationale des différentes classes de la population et les organisations sociales. Les institutions législatives doivent être immédiatement convoquées à nouveau. Le conseil des ministres actuel doit être destitué, et la formation d’un nouveau Cabinet doit être confiée à une personne investie de la confiance de la nation. Elle soumettra à Votre Majesté la liste des membres d’un nouveau Cabinet qui soit capable de gouverner dans un accord complet avec la représentation nationale. Chaque instant est précieux. Tout délai et toute hésitation peuvent amener des calamités sans nombre. »

Le premier manifeste de la Commission exécutive de la Douma, d’où allait naître le gouvernement provisoire, proclamait bien la déchéance du cabinet Galitzine, mais non pas celle de l’Empire. Ce manifeste disait simplement ceci :

« Considérant les difficultés d’ordre intérieur dans la politique du précédent gouvernement exécutif, le gouvernement de la Douma se considère comme obligé de prendre en main l’ordre public. Conscient des responsabilités qui découlent de cette décision, la Commission exprime sa certitude que le peuple et l’armée lui prêteront assistance dans la tâche difficile qui incombe au nouveau gouvernement, lequel accepte les vœux du peuple et jouit de sa confiance. »

Enfin, le 15 mars, au palais de Tauride, devant une foule de soldats, de marins et d’ouvriers, embryon du fameux comité, M. Milioukof annonçait, avec « le premier cabinet national russe », la régence du grand-duc Michel, le tsarévitch Alexis restant prince héritier. « Mais c’est l’ancienne dynastie ! » s’écriait-on de toutes parts. « Parfaitement, reprenait M. Milioukof. Je n’ai pas, moi non plus, d’affection pour la dynastie. Mais il ne s’agit pas de ce qui nous plaît ou de ce qui nous déplaît. Il faut, avant tout, éviter la guerre civile. »

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