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Collection complète des oeuvres de l'Abbé de Mably, Volume 4 (of 15)

Note 21 — OBSERVATIONS SUR LES ROMAINS.

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Les décemvirs portèrent cette loi dans leur dernière table, et leur intention avoit été d’établir plus facilement leur tyrannie, en empêchant que les deux ordres de la république ne se rapprochassent l’un de l’autre. Denys d’Halicarnasse dit judicieusement qu’il falloit abolir cette loi tyrannique et injurieuse au peuple pour assurer le repos public. Mais ce repos n’est point ce que désiroient les tribuns; il étoit de leur intérêt de tenir toujours le peuple également animé contre les patriciens. C’étoit donc une imprudence de leur part de proscrire la loi des décemvirs, avant que d’avoir ôté à la noblesse tous ses priviléges. Je remarquerai en passant, que la noblesse n’aperçut point dans cette occasion la faute des magistrats du peuple. Lorsqu’elle auroit dû cacher sa joie et ne se défendre que par politique, et précisément autant qu’il falloit pour faire croire au peuple qu’elle lui accordoit une grâce, son orgueil s’effaroucha. S’il en faut croire les paroles que Tite-Live met dans la bouche du Tribun Canuléius, les patriciens trouvoient étrange que la nature eût donné à la populace les mêmes organes qu’à eux; quod spiratis, quod vocem mittitis, quod formas hominum habetis, indignantur. Cette sotte vanité de la noblesse fut cause qu’un réglement qui lui étoit si avantageux, commença par lui être extrêmement funeste; car le peuple, pour se venger du mépris qu’on lui marquoit, osa aspirer au consulat, et fit porter une loi par laquelle il lui étoit permis de posséder cette magistrature sous le nom de tribunat militaire.

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