Note 2 — ÉLOGE HISTORIQUE DE L’ABBÉ DE MABLY,
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Mably s’est nourri dans tous les temps de la lecture des anciens: il savoit presque par cœur Platon, Thucidide, Xénophon, Plutarque, et les ouvrages philosophiques de Cicéron.
Il fut toujours leur admirateur passionné; et véritablement les anciens sont encore et seront toujours nos maîtres: ils sont et seront les législateurs du goût, de la morale et de la vertu, tant qu’il y aura des hommes éclairés et sensibles sur la terre. L’étude de l’antiquité n’est pas moins indispensable pour les littérateurs que pour les artistes. Ils nous ont donné des modèles que nous n’avons pas encore surpassés; ils étoient plus près de la nature: et c’est sans contredit une des plus belles et des plus utiles institutions des peuples modernes, que d’avoir établi dans leur sein une société d’hommes choisis, qui fussent, en quelque sorte, les dépositaires des beautés et des trésors des anciens, dont la principale occupation fût de nous conserver et de nous transmettre les lumières qui brillent dans leurs écrits, comme le feu sacré de Vesta: ce sont les prêtres du temple; ils veillent sans cesse à ce que ce sacré foyer ne s’éteigne ou ne s’évapore dans un siècle futile ou chez un peuple frivole. C’est à cette école des anciens, et sur-tout dans l’histoire et les écrits des peuples libres, que l’on puise avec leur génie, des leçons de morale, de grandeur d’ame, d’amour de la patrie, des lois et de la liberté; ceux qui ne voient que du grec et du latin dans cette étude, s’abusent étrangement: tant qu’on pourra puiser à cette source pure, l’ignorance et la servitude ne s’empareront pas tout-à-fait de l’univers; il y aura toujours de l’espoir. C’est là que s’est formé Mably; et il a peut-être encore plus cherché dans ces saintes émanations les traces de leurs vertus que le feu de leur génie.
On lui a reproché d’avoir outré cette admiration pour les anciens; mais s’il l’a poussée trop loin, ce dont on peut douter, s’il est vrai que cet amour de l’antiquité l’ait rendu quelquefois trop sévère envers ses contemporains, il faut avouer aussi que l’engouement du public pour certaines nouveautés, l’oubli des bons principes, le torrent qui nous précipite dans un goût et dans les mœurs dépravées, dont nous ne pouvons prévoir le terme, ne justifient que trop peut-être ses craintes et ses alarmes.