Note 152 — SOMMAIRE
Reading edition
Quelques-uns de nos lecteurs s’étonneront peut-être des développements que nous donnons à ces notes. C’est que malheureusement beaucoup des erreurs, même grossières, que nous relevons dans les Chroniques de Froissart se retrouvent dans les ouvrages les plus estimés. Il faut bien le dire, l’histoire du quatorzième siècle, dans ses deux parties essentielles, la chronologie et la géographie, reste encore en grande partie à faire. Il n’entre pas dans notre plan de signaler les erreurs qui ont pu échapper à nos prédécesseurs; nous croyons seulement qu’il importe de donner une fois pour toutes l’idée de ces lacunes dont nous parlons; à ce titre, nous citerons les lignes suivantes que les auteurs de l’Art de vérifier les dates (t. I, p. 598) ont consacrées aux deux premières années du règne du roi Jean: «Nos armes n’avaient aucun succès contre les Anglais. Cette même année (1351), ils se rendirent maîtres de Guines au mois de septembre par la trahison de Beaucaurroy, lieutenant de la place, qui expia ce crime par une mort honteuse. Aimeri de Pavie, commandant de Calais, qui avait séduit Beaucaurroy, voulut surprendre l’année suivante Saint-Omer où commandait Charny. Il est pris lui-même dans une embuscade, et Charny le fait écarteler. Le roi d’Angleterre n’avait pas ainsi traité Charny, comme on l’a vu, lorsqu’ayant engagé l’an 1348 ce même Aimeri à lui livrer Calais, il fut surpris au moment où il allait s’emparer de la place. Édouard lui ayant pardonné généreusement, Charny, par reconnaissance, devait user de la même générosité.» Les Bénédictins ont commis dans ce peu de lignes presque autant d’erreurs qu’ils ont avancé de faits. Ce n’est pas au mois de septembre 1351, mais en 1352, entre le 6 et le 22 janvier, que les Anglais s’emparèrent par surprise du château de Guines. C’est Robert de Herle, et non Aimeri de Pavie, qui était capitaine de Calais lorsque le Lombard, devenu simple châtelain de Frethun, fut surpris à son tour par Geoffroi de Charny. Enfin, la tentative de ce dernier contre Calais eut lieu, non en 1348, mais dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1er janvier 1350.