Note 16 — PREMIÈRE PARTIE CE QUE JE SAIS OU J’AI VU DE SA VIE (continued 2)
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Edmond Jaloux, dans Fumées dans la Campagne, a tracé ce portrait de Cézanne: «Soudain la porte s’ouvrait. Quelqu’un entrait avec un air presque exagéré de prudence et de discrétion. Il avait figure de petit bourgeois ou de fermier aisé, finaud, cérémonieux avec cela. Il avait le dos un peu rond, un teint hâlé, marqué de teintes brique, le front nu, des cheveux blancs s’échappant en longues mêches, de petits yeux perçants et fureteurs, un nez bourbonien, un peu rouge, de courtes moustaches tombantes et une barbiche militaire. Tel j’ai vu Paul Cézanne à sa première visite, tel je le reverrai toujours. J’entends sa manière de parler, nasillarde, lente, méticuleuse, avec quelque chose de soigneux et de caressant. Je l’écoute discourir sur l’art ou la nature, avec subtilité, avec dignité, avec profondeur.
«Un jour qu’il déjeunait à la maison, il regarde des abricots et des pêches, disposés dans une jatte, et il nous dit:
«—Regardez comme la lumière aime tendrement les abricots, elle les prend tout entiers, elle entre dans leur pulpe, elle éclaire tous leurs côtés! Mais elle est avare envers les pêches, dont elle ne rend lumineuse qu’une moitié.
«Il faisait ainsi de petites remarques judicieuses que personne ne semblait avoir faites. Une autre fois il déclara, tandis que je cheminais auprès d’eux, le long de la rue Cardinale:
«—Un artiste, voyez-vous, doit faire son œuvre, comme un amandier fait ses fleurs, comme un escargot fait sa bave...»