Note 73 — CHAPITRE XVIII LES ESQUIMAUX
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L’évangélisation des Esquimaux fut entreprise aussi sur la côte du Labrador, en 1875, par le Père Lacasse O. M. I. Il quitta N.-D. de Bethsiamits pour se rendre à la Baie des Esquimaux. Il trouva les indigènes ameutés contre les prêtres catholiques par la secte des Frères Moraves. Ces Frères Moraves, commerçants de fourrures avant tout, occupaient 150 lieues de la côte du Labrador; et, s’ils faisaient des adeptes, ce n’était que par l’éclat du culte extérieur et la facilité de leur doctrine. Le Père Lacasse voulut traverser ces 150 lieues du domaine de l’hérésie et de la cupidité, afin d’atteindre les Esquimaux purement païens du Nord; mais divers malheurs entravèrent les efforts de son zèle. Il fit cependant beaucoup de bien aux Esquimaux qui voulurent l’écouter, durant les deux années qu’il passa au Labrador. Il avait également appris la langue esquimaude au point d’en composer un dictionnaire. Mais le bateau, qu’il devait prendre lui-même, et sur lequel il avait embarqué ses notes, avec tout ce qui était à son usage, périt, corps et biens, dans l’Atlantique. Au sujet de la langue, le Père Lacasse écrivait l’une de ses impressions avec la verve pittoresque qu’on lui connaît:
«—En m’exerçant à prononcer un de leurs k, ou kh, j’ai failli prendre un mal de gorge. Le moyen, je vous prie, de faire partir une syllabe du creux de l’estomac, de l’étouffer à son passage dans le gosier, puis de la pousser avec violence dans le nez, et là, en dépit des répugnances et des lois de la force centrifuge, de l’avaler de nouveau, en lui donnant un coup de mort dans la gorge, où elle doit expirer».
La langue esquimaude ne fut sans doute approfondie par personne autant que par le Père Turquetil, à Chesterfield Inlet. Il fait remarquer que tout s’y réduit à des racines, des sons, des syllabes qui représentent les idées fondamentales. Ce fond saisi,—ce qui serait l’affaire de six mois, sous la direction d’un professeur—la langue serait connue. Aucune exception dans les règles, et logique parfaite de la syntaxe. Ces mots-racines, dit encore le Père Turquetil, sont bien plus des signes naturels que des signes arbitraires; et nos langues européennes sembleraient très insignifiantes, pauvres et disparates dans leurs propres éléments, comparées avec l’esquimaude. Contrairement aux langues dénées, qui ne représentent jamais que l’idée concrète, la langue esquimaude est entièrement abstraite dans ses formes et son expression.