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Au Pays des Moines (Noli me Tangere)

Note 3 — XLII Les époux de Espadaña

Henri Lucas translation

D’abord il vécut aux dépens de quelques-uns de ses compatriotes mais, ayant du cœur, ce pain lui semblait amer et loin d’engraisser, il maigrissait. Comme il n’avait ni science, ni argent, ni recommandations, ses protecteurs, désireux de se débarrasser de lui, conseillèrent donc à notre ami Tiburcio de s’en aller dans les provinces et de s’y faire passer pour docteur en médecine. Cet expédient ne lui convenait guère, il se refusa d’abord à l’adopter; son service comme garçon à l’Hôpital de San Carlos ne lui avait rien appris de la science de guérir: il se bornait à épousseter les bancs et à allumer le feu; encore n’y était-il resté que peu de temps. Cependant, la nécessité le pressant, ses amis lui démontrant la vanité de ses scrupules, il fit ce qu’on lui disait, parcourut la province et se mit à visiter quelques malades, ne demandant qu’un prix modique que fixait sa conscience. Mais, de même que le jeune philosophe dont parle Samaniego3, ses prétentions devinrent très hautes et il finit par attacher un tel prix à ses visites que promptement on le prit pour un grand médecin. Il était en voie de faire fortune et y aurait probablement réussi si le Protomedicato4 de Manille n’avait pas été informé des honoraires exorbitants qu’il exigeait et de la concurrence qu’il faisait aux autres médecins.

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