Note 1 — XXXVII Son Excellence
Henri Lucas translation
—Je suis flatté que vous pensiez ainsi et... cela devrait être! Cependant, jeune homme, vous devez savoir quelles charges pèsent sur nos épaules aux Philippines. Ici, nous autres, anciens militaires, nous devons faire tout, être tout: Roi, Ministre d’Etat, de la Guerre, de l’Intérieur, de Fomento1, de Grâce et Justice, etc., et le pire encore est que, pour chaque affaire, nous devons consulter la lointaine Mère-Patrie qui, selon les circonstances et parfois à l’aveuglette, approuve ou rejette nos propositions. Et vous connaissez notre proverbe: qui trop embrasse mal étreint. De plus, lorsque nous arrivons, nous connaissons généralement peu le pays et nous le quittons au moment où nous commençons à le connaître... Avec vous, je puis m’exprimer franchement, il me serait inutile de feindre. Si déjà, en Espagne, où chaque branche a son ministre, né et grandi dans le pays, où il y a une presse et une opinion, où une opposition franche ouvre les yeux au gouvernement et l’éclaire, tout est imparfait et défectueux, c’est un miracle qu’ici, où tous ces avantages manquent, où se développe et machine dans l’ombre la plus puissante des oppositions, tout ne soit pas en révolution. Ce n’est pas la bonne volonté qui manque aux gouvernants, mais nous sommes obligés de nous servir d’yeux et de bras étrangers que, pour la plupart, nous ne connaissons pas, et qui, au lieu peut-être de servir leur pays, ne servent que leurs propres intérêts. Ce n’est pas notre faute, c’est celle des circonstances; les moines nous sont d’un puissant secours mais ils ne suffisent pas... Vous m’inspirez un grand intérêt et je voudrais que l’imperfection de notre système gouvernemental actuel ne vous portât en rien préjudice... je ne puis veiller sur tous, tous ne peuvent venir jusqu’à moi. Puis-je vous être utile en quelque chose, avez-vous une demande à m’adresser?