Note 3 — XXV Chez le philosophe
Henri Lucas translation
—Pourquoi devons-nous faire ce que fait cette tige débile, chargée de boutons et de fleurs? dit le philosophe, en montrant au jeune homme un superbe rosier. Le vent souffle, il le secoue et lui s’incline, comme pour cacher sa précieuse charge. Si la tige se maintenait rigide, elle se romprait, le vent disperserait les fleurs et les boutons mourraient avant d’éclore. Le coup de vent passé, la tige se redresse orgueilleuse, portant son trésor. Qui l’accusera pour avoir plié devant la nécessité? Voyez là-bas ce gigantesque kupang3 qui balance majestueusement son feuillage aérien où l’aigle fait son nid. Je l’apportai du bois alors qu’il n’était encore qu’une plante débile; avec des roseaux dépouillés, je soutins sa tige pendant plusieurs mois. Si je l’avais apporté grand, fort et plein de vie, il est certain qu’il n’aurait pas vécu; le vent l’aurait secoué avant que ses racines eussent pu se fixer dans le terrain, avant que celui-ci se fût affermi autour de lui et ne lui eût assuré la subsistance nécessaire à sa grandeur et à sa stature. Ainsi finirez-vous, plante nouvellement transplantée d’Europe dans ce sol pierreux, si vous ne cherchez un appui et ne consentez pas à vous diminuer. Vous êtes dans de mauvaises conditions, seul, élevé; le terrain tremble, le ciel annonce la tempête et la coupe des arbres de votre famille a prouvé qu’elle attire l’éclair. Combattre seul contre tout ce qui existe, ce n’est pas du courage, c’est de la témérité; personne ne blâme le pilote qui se réfugie dans un port à la première rafale de la tourmente. Se baisser quand siffle une balle n’est pas de la couardise; ce qui est mauvais, c’est de la défier pour tomber et ne plus se relever.