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Au Pays des Moines (Noli me Tangere)

Note 2 — XIX Aventures d’un maître d’école

Henri Lucas translation

—Vous riez, reprit l’instituteur; moi aussi, maintenant; mais j’avoue qu’alors je n’en avais pas envie. J’étais debout; je sentis que le sang me montait à la tête, un éclair obscurcit mon cerveau. Je voyais le curé loin de moi, très loin; je m’approchai pour lui répondre, sans savoir ce que j’allais dire. Le sacristain principal s’interposa; le P. Dámaso se leva et me dit très sérieusement en tagal: «Ne porte pas des habits qui ne sont pas les tiens; contente-toi de parler ton idiome et n’estropie pas l’espagnol qui n’est pas fait pour vous. Connais-tu maître Ciruela? Eh bien! Ciruela était un maître qui ne savait ni lire ni écrire et pourtant il faisait l’école2.» Je voulus le retenir, mais il partit dans sa chambre et ferma violemment la porte. Qu’allais-je faire, moi qui avais à peine de quoi vivre avec mes appointements, qui pour les toucher avais besoin du visa du curé et devais aller au chef-lieu de la province? que pouvais-je contre lui, la première autorité morale, politique et civile du pueblo, soutenu par sa corporation, craint par le gouvernement, riche, puissant, consulté, écouté et cru toujours par tous? S’il m’insultait, je devais me taire; si je répliquais, je perdais ma place, je brisais ma carrière sans espoir de gagner ma vie autrement; au contraire, car tous se seraient mis avec le prêtre, m’auraient maudit, appelé vaniteux, orgueilleux, fanfaron, mauvais chrétien, peut-être même anti-espagnol et flibustier. D’un maître d’école on n’attend ni savoir ni zèle, on ne lui demande que de la résignation, de l’humilité et de l’inertie. Que Dieu me pardonne si j’ai renié ma conscience et ma raison, mais je suis né en ce pays, je dois y vivre, j’ai une mère et je m’abandonne à mon sort comme un cadavre à la vague qui le roule!

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