Note 4 — XIV Tasio le fou ou le philosophe
Henri Lucas translation
—Donc, les choses allaient ainsi: les uns y croyaient, les autres n’y croyaient pas. Malgré que S. Grégoire en soit déjà arrivé à l’admettre dans son de quibusdam levibus culpis esse ante judicium purgatorius ignis credendus est4, rien sur ce sujet ne fut définitivement établi jusqu’à l’année 1439, c’est-à-dire huit siècles après, dans laquelle le concile de Florence déclara qu’il devait exister un feu purificateur pour les âmes de ceux qui sont morts dans l’amour de Dieu mais sans avoir satisfait encore à la justice divine. Enfin, le Concile de Trente, sous Pie IV en 1563, dans la XXVe session, rendit le décret du Purgatoire qui commence ainsi: Cum catholica ecclesia, Spiritu Sancto edocta, etc5, où il est dit que les secours des vivants, les prières, les aumônes et autres œuvres pieuses et surtout et avant tout le sacrifice de la messe, sont les moyens les plus efficaces de délivrer les âmes. Les protestants n’y croient pas, ni non plus les pères grecs, car ils cherchent au moins à leurs dogmes un fondement biblique quelconque et disent que le délai pour le mérite ou le démérite se termine à la mort et que le Quodcumque ligaberis in terra6 ne peut dire usque ad purgatorium7, mais à cela on pourrait répondre que le Purgatoire étant au centre de la terre tombe naturellement sous la domination de S. Pierre. Mais je n’en finirais pas si je devais répéter tout ce qui s’est dit sur ce fait. Un jour que vous voudrez discuter avec moi là-dessus, venez chez moi et là nous ouvrirons les livres et nous parlerons librement et tranquillement. Maintenant, je m’en vais; je ne sais pourquoi cette nuit la piété des chrétiens permet le vol—les autorités laissent faire—et je crains pour mes livres. Si on devait me les voler pour les lire, je ne dirais rien, mais je sais que beaucoup voudraient les brûler par charité pour moi et ce genre de charité, digne du calife Omar, est terrible. Il en est qui, à cause de ces livres, me croient déjà damné...