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Au Pays des Moines (Noli me Tangere)

Note 1 — XII La Toussaint

Henri Lucas translation

Au milieu de ce vaste enclos, un piédestal de pierre supporte une grande croix de bois. La tempête a plié la feuille de fer blanc où était peint le I. N. R. I. et la pluie a effacé les lettres. Au pied de la croix, comme sur le véritable Golgotha, s’amoncellent confusément des crânes et des os que le fossoyeur indifférent rejette des fosses qu’il vide. C’est là qu’ils attendront probablement, non pas la résurrection des morts, mais la venue des animaux qui les souilleront de leurs ordures. Alentour on remarque de récentes excavations; ici le terrain est creusé, là il forme un petit monticule. Partout croissent dans toute leur vigueur le tarambulo1 et le pandakaki2: le premier pour percer les pierres de ses baies épineuses, le second pour ajouter son odeur à celle du cimetière. Cependant quelques petites fleurettes nuancent le sol, fleurs qui, comme ces crânes entassés, ne sont connues que de leur Créateur: le sourire de leurs pétales est pâle et leur parfum est le parfum du sépulcre. L’herbe et les plantes grimpantes couvrent les angles, escaladent les murailles et les niches, habillant et embellissant cette laideur dénudée; parfois elles pénètrent par les fissures, œuvre des tremblements de terre, et cachent aux regards les vénérables cavités des tombeaux.

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