Note 17 — UNE IMPÉRATRICE DE LA SOLITUDE
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(page 198). M. Adolphe Aderer se rappelle avoir vu l’impératrice en 1875, quand elle habitait ce château de Sassetot, qui regarde la mer et domine l’étroite vallée des Petites-Dalles. «L’impératrice Elisabeth franchissait à cheval un champ de blé qui bordait la falaise. Les épis, grêlés et mêlés de coquelicots, se tendaient vers le soleil pour se réchauffer de la bise toujours froide envoyée par la mer voisine. Hantée par les souvenirs des poètes antiques qu’elle préférait, la cavalière, droite sur un grand cheval, que les barbes des épis piquaient à ses flancs vigoureux, se croyait plutôt la reine des Amazones que la souveraine d’un vaste pays, aussi éloigné de ses yeux que de sa pensée. Un frisson me saisit, parce que la belle dame s’approcha si près du bord de la falaise qu’il me parut qu’elle allait le dépasser: un cri d’épouvante me vint à la gorge. Au même instant, le cheval se retourna d’un bond, et il reprit sa course de vertige à travers les épis blonds. Au pays, on me dit que la souveraine se plaisait tous les jours à ce jeu violent qui valait, le soir, au majordome du château des réclamations apportées par les propriétaires des champs traversés: réclamations dont on ne parlait jamais à l’impératrice pour ne point troubler son sport favori. L’écuyère passionnée subissait aussi l’influence mystérieuse de la mer, qu’elle adorait. On avait mis un yacht à sa disposition: elle lui préférait une petite barque sur laquelle elle partait seule, avec le fils du maître baigneur des Petites-Dalles, un gamin de quinze ans. Elle allait ainsi jusqu’à l’une des plagettes du voisinage, où ses dames d’honneur, qu’on avait menées en voiture au même endroit, l’attendaient.» Il est curieux de recueillir ces images auxquelles nous restituons une âme. On sait maintenant à quoi rêvait cette solitaire dans ses grandes courses et sur la mer. Plus loin (¿p. 217), nous l’entendrons parler de l’un de ces chevaux auxquels elle demandait d’affronter la mort.