Note 10 — D.A.F. DE SADE
Reading edition
L'antropophagie n'est certainement pas un crime; elle peut en occasionner, sans doute, mais elle est, indifférente par elle-même. Il est impossible de découvrir quelle en a été la première cause: MM. Meunier, Paw et Cook ont beaucoup écrit sur cette matière sans réussir à la résoudre; le second paraît être celui qui l'a le mieux analysée dans ses recherches sur les Américains, tome I, et cependant, quand on en a lu et relu ce passage, on ne se trouve pas plus instruit qu'on ne l'était auparavant. Ce qu'il y a de sûr, c'est que cette coutume a été générale sur notre planète, et qu'elle est aussi ancienne que le monde; mais la cause: le premier motif qui fit exposer un quartier d'homme sur la table d'un autre homme, est absolument indéfinissable; en analysant, on ne trouve pourtant que quatre raisons qui aient pu légitimer cette coutume. Superstition ou religion, ce qui est presque toujours synonime; appétit désordonné, provenant de la même cause que les vapeurs hystériques des femmes; vengeance, plusieurs traits d'histoire appuient ces trois motifs; raffinement dépravé de débauche ou besoin, ce que confirment d'autres traits d'histoire; mais il est impossible de dire lequel de ces motifs fît naître la coutume: une nation toute entière ne commença sûrement pas; quelque particulier, par l'un de ces quatre motifs, rendit compte de ce qu'il avait éprouvé, il se loua de cette nourriture, et la nation suivit peu à peu cet exemple. Ce ne serait pas, ce me semble, un sujet indigne des académies, que de proposer un prix pour celui qui dévoilerait l'incontestable origine de cette coutume.