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Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 1)

Note (Retour au texte.) — CHAPITRE PREMIER.

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Mais ce prince avait bien d'autres desseins. Les Maures étaient auprès de lui dans la plus haute faveur, et lui avaient persuadé, non sans quelque raison, que les Portugais n'étaient venus que pour observer les forces de son empire, et qu'ils reviendraient avec une flotte plus puissante pour le piller et s'en rendre les maîtres. Il comptait attirer peu à peu tous les Portugais à Calicut, les faire périr, ou attendre l'arrivée des vaisseaux de la Mecque qui, réunis avec les siens, détruiraient la flotte du Portugal; c'est du moins ce que l'interprète Bentaybo, un esclave nègre de Diaz, et deux Malabares vinrent dire à Gama, soit que ce rapport fût conforme à la vérité et dicté par un intérêt qu'on a quelque peine à comprendre, en faveur d'étrangers qu'ils ne devaient pas préférer à leurs compatriotes, soit qu'ils n'eussent d'autres desseins que de précipiter le départ de Gama, d'intimider les Portugais, et de les dégoûter de semblables voyages. Quoi qu'il en soit, il refusa de voir les présens, et répondit que Gama partirait quand il voudrait, mais qu'il fallait que les facteurs payassent pour les droits du port six cents scharafans[9]. En même temps il les fit arrêter pour sûreté de cette somme, et mit des gardes à la porte de leur magasin. On défendit, sous peine de mort, à tous les habitans de Calicut d'aller sur la flotte de Gama. L'amiral fut instruit par Bentaybo de tout ce qui se passait; et cependant il négligea de se rendre maître d'une barque qui portait quatre Indiens qui étaient venus pour vendre des pierres précieuses. Ces quatre Indiens pouvaient être les cautions de ses deux agens; mais il comptait sur des prises plus importantes: c'était compter sur une imprudence grossière de la part du samorin; et cependant il ne se trompait pas. Ce prince jugea par cette conduite de l'amiral qu'il ignorait la détention des siens à Calicut; et, pour l'entretenir dans cette confiance, il continua d'envoyer sur sa flotte des seigneurs de sa cour. Gama en arrêta six avec treize Indiens de leur suite. Il en renvoya deux au catoual, avec une lettre en langue malabare, où il demandait qu'on lui rendît ses deux facteurs. L'ordre fut donné de les délivrer; mais, comme il ne s'exécutait pas assez promptement, l'amiral mit à la voile le 23, et alla se placer à quatre lieues au-dessous de Calicut. Il y resta trois jours, et, ne voyant paraître personne, il continua de s'éloigner, et commençait à perdre de vue les côtes, lorsqu'il vit arriver une barque avec quelques Indiens chargés de lui dire que les deux prisonniers étaient dans le palais du roi et lui seraient renvoyés le lendemain. Gama répondit qu'il voulait les recevoir sur-le-champ; que, si la barque revenait sans eux, il la coulerait à fond; et que, si elle ne revenait pas, il ferait couper la tête à tous ses prisonniers. Aussitôt il se rapprocha de la côte, et vint jeter l'ancre vis-à-vis de Calicut. Sept barques parties de la ville s'approchèrent de son vaisseau, mirent les deux facteurs dans la chaloupe, et, se retirant avec quelque apparence de crainte, elles attendirent la réponse de l'amiral. Les facteurs étaient chargés d'une lettre du samorin pour le roi de Portugal, écrite sur une feuille de palmier et signée de sa main: elle est d'un laconisme remarquable. »Vasco de Gama, gentilhomme de ta maison, est venu dans mon pays; son arrivée m'a fait plaisir. Mon pays est rempli de cannelle, de girofle, de poivre et de pierres précieuses; ce que je souhaite d'avoir du tien, c'est de l'or, de l'argent, du corail et de l'écarlate.» Gama, pour toute réponse, lui renvoya ses naïres, mais retint les gens de leur suite en échange des marchandises qu'il abandonnait. Il fit remettre au samorin une pierre gravée aux armes de Portugal, que ce prince lui avait fait demander par ses facteurs. Il avait aussi demandé une statue dorée qui représentait la Vierge Marie, et qu'il croyait d'or; mais Gama répondit qu'elle avait servi à le garantir des périls de la mer, et qu'il ne pouvait consentir à s'en défaire. Comme il allait partir, Bentaybo vint lui demander un asile sur ses vaisseaux; le catoual l'avait dépouillé de ses biens, l'accusant d'être l'espion des Portugais. Cette disgrâce de Bentaybo prouverait plus que tout le reste que ce n'était pas sans fondement qu'il avait alarmé les Portugais sur les pernicieux projets du roi de Calicut. Ce qui acheva de les manifester, c'est que, le calme ayant retenu la flotte pendant deux jours à la vue des côtes, le samorin envoya soixante tonys ou barques armées pour l'attaquer; mais l'artillerie et le vent qui commençait à souffler donnèrent aux Portugais les moyens de prendre le large. Comme ils continuaient leur route le long des côtes, ils mirent quelques hommes à terre pour couper du bois de cannelle. Pendant ce temps un matelot découvrit du haut d'un mât huit gros bâtimens indiens qui s'avançaient à pleines voiles: l'amiral alla au-devant d'eux; ils prirent aussitôt la fuite, et tournèrent vers le rivage. On en prit un qui était chargé de cocos et de mélasse, et qui portait quantité d'armes. On apprit des habitans du pays que cette flotte indienne était venue de Calicut. Il paraît qu'on avait déjà senti la supériorité des Européens, puisque huit vaisseaux prirent la fuite devant trois.

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