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Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 1)

Note (Retour au texte.) — CHAPITRE PREMIER.

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On commençait à fonder de grandes espérances sur le commerce de Guinée, puisqu'en 1449 il était affermé cinq cents ducats pour l'espace de cinq ans, somme légère en elle-même, mais considérable pour des entreprises dont on n'avait encore recueilli que des travaux et des dangers. En 1471, Jean de Santaren et Pedro de Escovar arrivèrent sous le 5e. degré de latitude nord, à un endroit qu'ils nommèrent la Mina, à cause de ses nombreuses mines d'or; ils passèrent même la ligne, et allèrent jusqu'au cap qui fut nommé Sainte-Catherine, trente-sept lieues au delà du cap de Lopez Consalvo, 2° 30' de latitude méridionale. Fernando Po donna son nom à l'île, qu'il avait d'abord appelée Hermosa ou la Belle. On découvrit les îles de San-Thomé, Anno Bon et do Principe. Mais une époque plus importante fut l'établissement à la Mina sur la Côte-d'Or, qui signala le nouveau règne de Jean ii. Il y fit élever, en 1481, un fort qui devint le principal boulevart de la puissance portugaise en Afrique, et le canal des richesses de cette nation. On fit un traité avec le roi du pays, qui se nommait Cara Manza. Le roi de Portugal prit le titre de seigneur de Guinée. Diégo Cam remonta la rivière de Congo, que les habitans nomment Zaïre, et engagea le roi à se faire baptiser. Le roi de Benin, qui entendit parler du commerce de ses voisins avec le Portugal, crut y trouver aussi des avantages, et envoya demander des missionnaires. Barthélemy Diaz pénétra jusqu'au 26e. degré de latitude méridionale, et relâcha dans une île qu'il nomma Santa-Cruz, d'une croix qu'il éleva sur un roc[4]. Il passa même de plus de cent lieues le cap de Bonne-Espérance, mais sans l'apercevoir. Il ne le découvrit qu'à son retour, et le nomma cap des Tempêtes[5], parce qu'il y en avait essuyé une très-violente. Le roi Jean ne trouva pas ce nom de bon augure, et y substitua celui de cap de Bonne-Espérance, qui est demeuré, et qui semblait déjà annoncer les Indes. C'était alors le grand objet des courses des navigateurs portugais. Le chemin qu'on avait fait autour de l'Afrique, dans l'Océan atlantique, faisait soupçonner le passage qu'on trouva bientôt après, et indiquait la route qui menait aux Indes par la mer en naviguant au sud, puis remontant vers l'orient. Jean ii essaya d'en trouver un par terre. On pouvait, en effet, aller par la Méditerranée dans la Syrie et dans la Perse qui touche aux Indes. Mais cette route pénible, même pour un voyageur, était impraticable pour le commerce. On pouvait encore, si l'on eût été maître de l'isthme de Suez, descendre par la mer Rouge dans la mer des Indes. Cette route, infiniment plus courte, aurait convenu d'autant mieux à Jean ii, qu'il désirait vivement de pénétrer dans l'Abyssinie, et la mer Rouge pouvait l'y conduire. Ce pays excitait alors une grande curiosité: Son roi, nommé le Négus ou le Prête-Jean, était chrétien, c'est-à-dire, d'un rit grec mêlé de judaïsme, et passait pour le plus puissant roi de l'Afrique. Un franciscain, qu'on chargea de faire ce voyage, alla jusqu'à Jérusalem; mais, ne sachant pas l'arabe, il désespéra du succès, et revint en Portugal. Il fut remplacé par un gentilhomme nommé Covilham, qui eut ordre aussi de découvrir les états du Prête-Jean, et de prendre des informations sur le commerce de l'Inde et sur les pays d'où venaient les drogues et les épices qui avaient fait la fortune des Vénitiens. Covilham se rendit à Alexandrie, et de là au Caire. Une caravane de Maures de Fez le conduisit à Tor, sur la mer Rouge, au pied du mont Sinaï, où il acquit quelques lumières sur le commerce de Calicut. Il fit voile à Aden, à Cananor, à Goa. La mer des Indes vit pour la première fois un Portugais. Il reprit sa route par Sofala, sur la côte orientale d'Afrique, pour y visiter les mines d'or. Il revint à Aden, remonta jusqu'à l'entrée du golfe Persique, s'arrêta quelque temps à Ormuz, et, retournant par la mer Rouge, arriva dans les états du Prête-Jean. Il fut retenu dans cette cour jusqu'à l'arrivée d'un ambassadeur de Portugal. Le roi d'Abyssinie, de son côté, en fit partir un pour Lisbonne. Mais cette correspondance n'eut point de suites. La découverte du cap de Bonne-Espérance avait fait naître d'autres idées. On avait déjà un commerce d'or, d'ivoire et d'esclaves avec les peuples du Sénégal, de Tocrour et de Tombouctou; un comptoir à Ouadem à l'est d'Arguin, et des liaisons établies sur toute la côte de Guinée. Maîtres de la côte, les Portugais n'avaient plus qu'à franchir ce cap des Tempêtes, cette barrière qui épouvantait les plus intrépides. Emmanuel, successeur de Jean ii, suivit avec ardeur les projets de son père. Jean avait eu la précaution de faire assurer au Portugal, par une donation du saint siége, toutes les terres nouvelles qui seraient découvertes par les Portugais, ou même par les autres nations, en allant du couchant à l'est. Les termes de cette donation n'étaient pas trop bien conçus. On ne songeait pas qu'on pouvait faire des découvertes du levant à l'occident, comme de l'occident au levant, et se rencontrer au même lieu par des chemins très-différens[6].

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