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Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 1)

Note (Retour au texte.) — CHAPITRE PREMIER.

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Jean ier., qui chassa les Maures de cette partie de l'Espagne nommée autrefois Lusitanie, et par les modernes Portugal, poursuivit jusqu'au delà de la mer ces ennemis si long-temps formidables à l'Europe, et se rendit maître, en 1415, de la ville de Ceuta, sur la côte d'Afrique. Henri, son troisième fils, qui l'accompagna dans cette expédition, en rapporta un goût si vif pour les voyages et les découvertes, que le reste de sa vie fut entièrement consacré à cette espèce d'ambition. Il avait étudié ce qu'on savait alors de géographie et de mathématiques, et tiré quelques lumières des Maures[3] de Fez et de Maroc, qu'il avait consultés sur les Arabes qui bordent les déserts, et sur les peuples qui habitent les côtes. De la ville de Terçanabal, sur la pointe de Sagres, au sud du cap Saint-Vincent, où il avait établi sa résidence, ses regards se portaient continuellement sur la mer. Deux vaisseaux équipés par ses ordres s'avancèrent soixante lieues au delà du cap Non, alors le terme de la navigation. C'était au moins un pas; mais ils n'osèrent passer le cap Boyador, effrayés par le bruit et la rapidité des courans. Un autre vaisseau envoyé pour doubler ce cap, et commandé par Juan Gonsalez Zarco et Tristan Vaz Texeira, fut jeté par la tempête sur une petite île qu'ils nommèrent Puerto Santo, et découvrit dans un autre voyage l'île de Madère. Enfin Gilianez, en 1433, doubla ce terrible cap Boyador, et vogua quarante lieues au delà, le long des côtes. Antoine Gonsalez et Nugno Tristan allèrent, en 1440, jusqu'au cap Blanc; et y retournant encore deux ans après avec quelques prisonniers qu'ils avaient faits dans leur premier voyage, ils les changèrent contre de la poudre d'or que leur offrirent les habitans du pays. C'est la première fois que l'Afrique fit luire ce précieux et funeste métal aux yeux des avides Européens. Aussi les Portugais nommèrent cet endroit Rio do Oro (Rivière de l'Or), d'un ruisseau qui coule environ six lieues dans les terres. Cintra, peu de temps après, pénétra encore plus loin, et aborda aux îles d'Arguin. L'ardeur pour les découvertes commençait à s'emparer de tous les esprits. L'espérance rapprochait les espaces et éloignait les dangers. On avait vu de l'or, et l'on était prêt à tout entreprendre. Il se forma une compagnie d'Afrique qui arma dix caravelles, et s'empara des îles au sud d'Arguin. On fit un grand nombre de prisonniers, on perdit quelques hommes, et le sang des Européens coula pour la première fois dans cette terre qu'ils devaient désoler. Denis Fernandez, en 1446, passa l'embouchure de la rivière de Sanaga, que nous nommons Sénégal. Il découvrit ensuite le fameux cap Vert. D'autres capitaines portugais abordèrent aux Canaries, et le prince Henri envoya une flotte pour en faire la conquête. Mais, comme elles avaient été découvertes cinquante ans auparavant par Bétancourt, gentilhomme français au service du roi d'Espagne, il fallut les abandonner à cette couronne, et la possession lui en a été assurée depuis par des traités.

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