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Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 1)

Note (Retour au texte.) — CHAPITRE III.

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Le gouvernement d'Albuquerque avait été l'époque où la puissance portugaise était montée à son comble. Après sa mort, la décadence se fit sentir. Il n'était pas possible que tant de richesses n'allumassent la cupidité, et que tant d'élévation ne produisît l'orgueil et la tyrannie. Les cruautés atroces et l'insolent brigandage des commandans et des soldats rendirent le nom portugais exécrable sur toutes ces côtes. Les révoltes furent fréquentes, et les Indiens furent quelquefois vengés. Les Portugais furent battus dans l'île de Java. Ils manquèrent encore Aden et Djeddah dans la mer Rouge. Ils échouèrent plusieurs fois devant Diu. Ils se virent assiégés dans Goa et dans Malaca, par les habitans, que leur tyrannie avait soulevés. Cependant ils n'avaient rien perdu de leur activité entreprenante. Édouard Coëllo et Perès d'Andrada pénétrèrent dans les mers de l'Asie, l'un jusqu'à Siam, et l'autre jusqu'à Canton, port de la Chine. Mais ayant osé braver à Canton les ordres de l'empereur avec une imprudence inexcusable, ayant même poussé l'arrogance jusqu'à faire élever une potence dans l'île de Ta-mou, vis-à-vis Canton, les Portugais furent tous massacrés. Ils furent chassés de Calicut par le samorin, et obligés de démolir eux-mêmes leur fort et de l'abandonner. Attaqués à la fois dans toutes leurs possessions, ils étaient souvent réduits aux plus déplorables extrémités; mais ils soutenaient et réparaient même avec une intrépidité admirable les disgrâces que leur attiraient leur orgueil et leur avarice. L'esprit de découverte et de conquête subsistait encore, et, mêlant l'héroïsme au brigandage, il s'étendait du fond de la mer Rouge, où l'on soumettait les îles de Maçoua et Dalakh, jusqu'au détroit de la Sonde, à l'extrémité de l'Océan indien, où l'on subjuguait Java; il apercevait la grande île de Bornéo; de là, passant au delà de l'île Célèbes, il conduisait les Portugais jusqu'au vaste archipel des Philippines, où il leur montrait Mindanao. Il n'y avait plus qu'un pas à faire jusqu'aux îles du Japon pour avoir embrassé toute l'Asie et parcouru les mers qui baignent cette vaste partie du monde à l'ouest, au sud et à l'est. Antoine de Mota, François Zeimoto, et Antoine de Peixoto, faisant voile vers la Chine en 1542, furent jetés par la tempête dans l'île de Niphon, nommée par les Chinois Jepucen, d'où les Européens ont formé le nom de Japon. Ce fut là le terme des découvertes des Européens du côté de l'orient. Vers cette époque de 1540, les Portugais dominaient par le commerce et par les armes sur quatre mille lieues de côtes, depuis le cap de Bonne-Espérance, au sud de l'Afrique, jusqu'au cap de Lingpô, à l'extrémité orientale de l'Asie, sans y comprendre la mer Rouge et le golfe Persique, où ils avaient le fort de Mékran et Ormuz. Leurs principaux établissemens étaient la Mina, Sofala, Monbassa et Mozambique, sur la côte d'Afrique; Baçaïm et Diu, dans le royaume de Cambaye, et de là jusqu'au cap Comorin, Goa, Cochin, Cananor, Coulan; depuis ce cap, en remontant la côte de Coromandel, ils avaient Négapatan, Méliapour et Masulipatan; de là, en descendant au delà de l'entrée du golfe du Bengale, ils avaient Malaca; plus loin, au delà du détroit de la Sonde, Timor; enfin Macao, qu'ils bâtirent dans une petite île de la baie de Canton, à l'entrée de la Chine. Ils tiraient la cannelle de Ceylan, où ils avaient bâti un fort à Colombo, dont le roi leur payait un riche tribut. Ils disputaient les Moluques aux Espagnols, qui étaient venus par le sud-ouest[13]. Ils tiraient le girofle de Ternate et de Tidor. On conçoit facilement quelles richesses le roi de Portugal puisait dans ces nombreuses possessions, et quels gains immenses procuraient aux commandans des vaisseaux les prises continuelles que l'on faisait dans toute l'étendue de ces mers, où régnait leur pavillon. Mais cette vaste puissance fut détruite presque aussi promptement qu'elle avait été formée. La domination tyrannique des Portugais, et la haine qu'elle inspirait, fournirent aux nations rivales, à qui la route d'Europe aux Indes devint bientôt familière, les moyens de s'élever sur les ruines des premiers conquérans.

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