Note (Retour au texte.) — CHAPITRE II.
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La flotte mit à la voile le 9 mars, et le 24 avril on découvrit à l'ouest une terre que Gama n'avait point observée. Une tempête violente obligea les Portugais d'y relâcher. On célébra la messe sur le rivage, au grand étonnement des naturels du pays, qui accoururent en foule à ce spectacle, portant sur le poing de petits perroquets. Cabral appela ce pays terre de Sainte-Croix, à l'honneur de la croix que l'on avait élevée sur le rivage; mais ce nom fut changé depuis en celui de Brésil, à cause d'un bois ainsi nommé qui y croît en abondance. On se remit en mer le 2 mai pour faire voile au cap de Bonne-Espérance. Le 12, on aperçut à l'est une comète, qui parut grossir continuellement pendant dix jours, et qui fut visible jour et nuit. Si jamais l'imagination humaine put avec quelque apparence de vérité chercher des rapports entre les destinées passagères de l'homme et les mouvemens éternels des corps célestes, ce fut surtout dans cette occasion. On pouvait croire que l'horrible tempête qui s'éleva tout à coup, et qui tourmenta les Portugais pendant vingt-deux jours, était occasionnée par la pression de la comète, qui, en refoulant l'atmosphère dans cette partie de notre globe, avait pu y exciter ces vents effroyables, mêlés d'éclairs et de pluies, qui, se choquant avec impétuosité, soulevaient les vagues comme des montagnes, et menaçaient d'accabler les vaisseaux portugais de tout le poids de l'Océan. Pendant plusieurs jours les ténèbres, qui ajoutent au danger, et surtout à la crainte, furent si épaisses, que les vaisseaux ne pouvaient se distinguer les uns les autres; et, lorsqu'on eut un peu de relâche et qu'on revit un peu de lumière, la mer, toujours agitée et furieuse, paraissait noire comme de la poix pendant le jour, et enflammée pendant la nuit. Cependant ce terrible orage, malgré sa durée et son horreur, ne fit périr aucun des navires de la flotte, tant l'audace et l'industrie humaines ont de ressources pour combattre la nature et les élémens; mais malheureusement on n'avait point encore trouvé de moyens de défense contre un épouvantable phénomène inconnu à des peuples qui affrontaient pour la première fois les mers de l'Afrique et de l'Inde. C'était une de ces colonnes d'eau que l'on appelle trombes[10], qui s'élèvent de la surface des flots jusqu'aux nues, en pyramide renversée, phénomène assez commun dans ces mers. Les Portugais, dans leur ignorance, le prirent pour un signe de beau temps. Ils ne savaient pas que cette colonne est toujours accompagnée d'un tourbillon ou courant d'air auquel rien ne résiste: ils en firent la triste expérience. La colonne vint fondre sur la flotte. Quatre vaisseaux furent submergés sur-le-champ, avec l'équipage et les capitaines, entre lesquels on comptait ce Barthélemy Diaz, qui avait découvert le cap de Bonne-Espérance. Tous les autres navires furent remplis d'eau, et eurent leurs voiles déchirées.