Note 16 — XXII. L’Ukraine orientale se sépare de la Pologne et s’unit à la Moscovie.
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Cette harangue qui nous dévoile les projets politiques de Chmelnytsky et de son entourage au moment où elle fut prononcée, nous éclaire aussi sur l’état du sentiment national à cette époque et sur la terminologie alors en usage. Comme nous le voyons, le mot « russe » dans la bouche de Chmelnytsky est l’équivalent de notre « ukrainien » actuel — « jusqu’à Léopol, Cholm et Halitch » et pas davantage : voilà le peuple russe tout entier, au delà il n’existe pas. Quelques années plus tard, quand on aura besoin de mettre plus de précision dans les rapports avec la Moscovie, viendra en usage le terme de « Petite Russie » par opposition à la « Grande Russie », mais pour le moment le besoin ne s’en fait pas sentir. Il est curieux de noter qu’en Moscovie on appliquait alors le nom de « blanc-russien » à tout ce qui était ukrainien. C’est de ce nom que les chancelleries se servaient pour désigner la langue, les lettres et la population ukrainienne, tandis que l’on y avait conservé l’ancienne dénomination moscovite de « Tcherkass » pour les cosaques. Et, en effet, une différence entre ukrainien et blanc-russien, telle que nous l’entendons de nos jours, n’était pas encore clairement établie. Seulement, en 1654, une ligne de démarcation fut tirée lorsque l’Ukraine, sous le nom de « Petite Russie » tomba dans une sorte de vassalité de la Moscovie, tandis que cette dernière se rattacha la « Russie Blanche » comme simple province. Cette contrée, en même temps qu’elle était détachée du ressort de l’hetman d’Ukraine, reçut officiellement son nom, qui jusqu’alors n’avait eu qu’un sens assez vague, comme nous l’avons vu. (Ceux qui voudraient connaître les circonstances historiques dans lesquelles s’est formée cette terminologie pourront lire dans la revue « Oukraina » (l’Ukraine) 1917, no 1–2, notre article « Grande et Petite Russie et Russie Blanche ».)