Note 102 — SIÈCLE DE LOUIS XIV. (continued 3)
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Dans un recueil de pièces extraites du porte-feuille de M. Duclos, et imprimées en 1781, on trouve qu’un maître d’hôtel de Monsieur, nommé Morel, avait commis ce crime; qu’il en fut soupçonné; que Louis XIV le fit amener devant lui; que l’ayant menacé de le livrer à la rigueur des lois s’il ne disait pas la vérité, et lui ayant promis la liberté et la vie s’il avouait tout, Morel avoua son crime; que le roi lui ayant demandé si Monsieur était instruit de cet horrible complot, Morel lui répondit: «Non, il n’y aurait point consenti.» M. de Voltaire était instruit de cette anecdote; mais il n’a jamais voulu paraître croire à aucun empoisonnement, à moins qu’il ne fût absolument impossible d’en nier la réalité. Dans le même ouvrage que nous venons de citer, on donne pour garant de cette anecdote mademoiselle de La Chausseraie, amie subalterne de madame de Maintenon. On a demandé comment, quarante ans après cet événement, Louis XIV aurait confié des détails si affligeants à se rappeler, à une personne qui n’avait et ne pouvait avoir avec lui aucune liaison intime. Mais mademoiselle de La Chausseraie expliquait elle-même cette difficulté. Elle racontait que se trouvant seule avec le roi chez madame de Maintenon, qui était sortie pour quelques moments, Louis XIV laissa échapper des plaintes sur les malheurs où il s’était vu condamné; elle attribuait ces plaintes aux revers de la guerre de la succession, et cherchait à le consoler. «Non, dit le roi, c’est dans ma jeunesse, c’est au milieu de mes succès que j’ai éprouvé les plus grands malheurs;» et il cita la mort de Madame. Mademoiselle de La Chausseraie répondit par un lieu commun de consolation. «Ah! mademoiselle, dit le roi, ce n’est point cette mort, ce sont ses affreuses circonstances que je pleure;» et il se tut. Peu de temps après madame de Maintenon rentra; au bout de quelques moments de silence, le roi s’approcha de mademoiselle de La Chausseraie, et lui dit: «J’ai commis une indiscrétion que je me reproche; ce qui m’est échappé a pu vous donner des soupçons contre mon frère, et ils seraient injustes; je ne puis les dissiper que par une confidence entière:» et alors il lui raconta ce qu’on vient de lire. Nous avons appris ces détails d’un homme très digne de foi, qui les tient immédiatement des personnes qui avaient avec mademoiselle de La Chausseraie les relations les plus intimes. K.—Le recueil dont il est parlé dans cette note est celui de La Place, qui a pour titre: Pièces intéressantes et peu connues, pour servir à l’histoire et à la littérature, par M. D. L. P., 1781, in-12, qui a été réimprimé, et suivi de sept autres volumes dans l’édition de 1785. C’est à la page 208 du tome Iᵉʳ, que se trouve ce qui concerne Madame Henriette. B.