Note 45 — DE LORD BYRON. (continued 3)
Paulin Paris translation
Note 45:
(retour)
Le fait est cependant que le noble voyageur était loin d'être satisfait de Milan et de la société qu'il y avait vue, et dans son
Memoranda
il parle du séjour qu'il y a fait, comme de la quarantaine imposée à un vaisseau. Parmi d'autres personnes qu'il rencontra dans cette ville, se trouve M. Beyle, l'ingénieux auteur de l'
Histoire de la peinture en Italie
, et qui décrit ainsi l'impression qu'il conserva de leur première entrevue.
«Ce fut pendant l'automne de 1816 que je le rencontrai au théâtre de la Scala à Milan, dans la loge de M. Louis de Brême. Je fus frappé des yeux de lord Byron au moment où il écoutait un sestetto d'un opéra de Mayer, intitulé Elena. Je n'ai vu de ma vie rien de plus beau, ni de plus expressif. Encore aujourd'hui, si je viens à penser à l'expression qu'un grand peintre devrait donner au génie, cette tête sublime reparaît tout-à-coup devant moi. J'eus un instant d'enthousiasme, et oubliant la juste répugnance que tout homme un peu fier doit avoir à se faire présenter à un pair d'Angleterre, je priai M. de Brême de m'introduire à lord Byron. Je me trouvai le lendemain à dîner chez M. de Brême avec lui et le célèbre Monti, l'immortel auteur de la Basvigliana. On parla poésie: on en vint à demander quels étaient les douze plus beaux vers faits depuis un siècle, en français, en italien, en anglais. Les Italiens présens s'accordèrent à désigner les douze premiers vers de la Mascheroniana de Monti, comme ce que l'on avait fait de plus beau dans leur langue depuis cent ans. Monti voulut bien nous le réciter. Je regardai lord Byron. Il fut ravi. La nuance de hauteur, ou plutôt l'air d'un homme qui se trouve avoir à repousser une importunité, qui déparait un peu sa belle figure, disparut tout-à-coup pour faire place à l'expression du bonheur. Le premier chant de la Mascheroniana, que Monti récita presqu'en entier, vaincu par les acclamations des auditeurs, causa la plus vive sensation à l'auteur de Childe Harold. Je n'oublierai jamais l'expression divine de ses traits. C'était l'air serein de la puissance et du génie, et, suivant moi, lord Byron n'avait en ce moment aucune affectation à se reprocher.»