Note (retour) — L'ILE,
Paulin Paris translation
2. Il est un rocher dont la base saillante se projette au loin dans l'océan, et brave les plus terribles accès de sa fureur. Lorsque la vague irritée escalade ses flancs énormes, aussitôt elle en est précipitée, comme le brave qui s'élance le premier à l'assaut, et retombe sur cette masse de flots écumeux qui combattent sous les bannières du vent. C'est là que se rassemblent quelques malheureux échappés au combat, faibles, sanglans, brûlans de soif, mais tenant encore leurs armes, et conservant un reste d'orgueil de leur ancienne résolution, qui annonce en eux des hommes plus habitués à lutter contre le sort qu'à s'en laisser surprendre. Ils semblaient avoir prévu et défié leur destinée, comme un événement probable. Et cependant une lueur d'espoir, non celui d'être pardonnes, mais de rester dans l'oubli, ou d'échapper aux recherches sur ce rocher éloigné, au milieu de cet océan de vagues, avait en partie effacé de leurs pensées qu'ils venaient de contempler et de subir la vengeance des lois de leur pays. Leur île, verdâtre comme les flots de la mer, ce paradis gagné au prix d'un crime, ne pouvait plus servir d'asile à leurs vices et à leurs vertus. Leurs sentimens honnêtes, s'ils en avaient encore, étaient perdus pour eux:--leurs fautes leur restaient seules. Proscrits jusque dans leur seconde patrie, ils étaient perdus. En vain le monde s'ouvrait devant eux, toutes les portes leur en paraissaient fermées. Leurs nouveaux alliés avaient combattu, avaient versé leur sang dans ce sacrifice mutuel; mais à quoi leur avaient servi la massue, la lance et le bras d'Hercule contre la puissance magique de ce talisman destructeur, de ce tonnerre qui écrase le guerrier avant qu'il puisse faire l'emploi de sa force; et, semblable à ce fléau pestilentiel dont on ne peut arrêter les ravages, creuse en même tems la tombe du brave et celle de la valeur humaine 49? Ce peu de guerriers avaient fait tout ce que des hommes déterminés ont souvent osé et fait contre le nombre, mais quoique le choix naturel de l'homme semble être de mourir libre, la Grèce elle-même, la Grèce n'avait vu qu'une fois les Thermopyles, jusqu'à ce jour où, se forgeant un glaive de ses chaînes brisées, elle expire pour revivre encore.