Note (retour) — L'ILE,
Paulin Paris translation
12. Parmi eux, on remarquait plus d'un couple amoureux, et entre ceux-ci, Neuah et Torquil n'étaient pas le moins aimable. Tous deux enfans des îles, quoique d'îles bien éloignées l'une de l'autre; tous deux nés sous cette étoile qui préside à la mer, ils avaient été nourris tous deux au milieu de ces beautés primitives de la nature qu'on chérit jusqu'au tombeau lorsqu'elles ont attiré nos premiers regards, et excité notre intérêt dans l'enfance. Celui dont les monts bleuâtres de l'Écosse frappèrent d'abord les yeux, aimera chaque cime qui lui offrira une teinte semblable; il saluera dans chaque rocher la figure bien connue d'un ami; et à l'aspect d'une montagne, ses bras s'ouvriront comme pour l'étreindre contre son cœur. Long-tems j'ai erré dans des pays qui ne sont pas le mien, adorant les Alpes, chérissant les Apennins, prosterné devant le Parnasse et devant la cime escarpée du mont Ida, berceau de Jupiter, et de l'Olympe dominant majestueusement la mer. Mais ce n'était pas seulement les souvenirs de l'antiquité ni cette belle nature qui me jetaient dans des ravissemens extatiques:--les émotions de l'enfance lui avaient survécu dans le jeune homme; et sur le mont Ida, cherchant des yeux Troie et Loch na Gar, ma mémoire attachait des souvenirs celtiques aux monts Phrygiens, et confondait les cascades d'Écosse avec la fontaine limpide de Castalie. Pardonne, ombre universelle d'Homère! pardonne, ô Phébus! aux écarts de mon imagination:--ce fut dans le nord que je puisai le premier sentiment des beautés de la nature, et que j'appris à adorer vos scènes sublimes 43.