← Table of contents
Œuvres complètes de lord Byron, Tome 06

TROISIÈME PARTIE.

Paulin Paris translation

SCÈNE PREMIÈRE.

(Un château dans les Apennins, environné d'une campagne aride, mais agréable à l'œil. Chœur de paysans devant les portes.)

CHOEUR.

I.

La guerre est passée; le printems est venu: la fiancée et son amant ont gagné leur demeure. Réjouissons-nous, ils sont heureux; que chaque voix trouve un écho dans leurs cœurs.

II.

Le printems est venu, et la violette, fille aînée du soleil, commence à se faner: pour nous elle n'est qu'une fleur d'hiver; la neige des montagnes ne peut la flétrir et l'empêcher de lever ses yeux d'un azur humide, vers un firmament azuré comme elle.

III.

Mais quand le printems revient avec son cortège de fleurs, celle-ci, la mieux aimée, s'échappe de la foule qui ternirait ses couleurs virginales, et gâterait son parfum céleste.

IV.

Cueillons les autres, mais souvenons-nous du héraut qui nous l'annonce dans le froid décembre, de l'astre matinal de toutes les fleurs, du gage des longues heures de soleil radieux; au milieu des roses, n'oubliez pas la vierge, la vierge violette.

Entre CÉSAR; il chante.

Le tems des guerres est passé, nos épées sont oisives, le coursier ronge son frein, le casque étincelle sur la muraille, l'aventurier repose; mais son armure est rouillée. Le vétéran murmure en vain; en bâillant dans les salles pacifiques; il boit,--mais qu'est-ce que boire, si ce n'est un repos pour la pensée? Le cor ne l'éveille plus en lui faisant entendre un signal de vie et de mort.

LE CHŒUR.

Mais la meute aboie au loin; le sanglier est dans les bois, et le faucon attend avec impatience le moment de quitter son chaperon sur le poing du gentilhomme; il se tient comme un cimier, et cependant l'air est troublé par la multitude des oiseaux qui s'échappent de leurs nids.

CÉSAR.

Vain fantôme de gloire! froide image de la guerre! quel chasseur inspira un historien? Quel héros de la chasse eut sa destinée depuis Nemrod, le fondateur des royaumes et de la chasse? Nemrod qui, le premier, fit trembler les habitans des forets, alors que le lion était jeune et dans tout l'orgueil de sa force imposante. Alors c'était le jeu des forts que d'oser le combattre, que de s'avancer, armé d'un pin au lieu de lance, contre le Mamoth, ou de frapper dans un ravin le Beehemoth écumant; alors l'homme avait la taille des tours de notre tems: c'était le fils aîné de la nature, et comme elle il était sublime.

CHŒUR.

Mais la guerre est passée; le printems est venu; la fiancée et son amant ont gagné leur demeure. Réjouissons-nous, ils sont heureux; que chaque voix trouve un écho dans leurs cœurs.

(Les paysans s'éloignent en chantant.)

ICI S'ARRÊTE LE MANUSCRIT.

NOTES DU TRADUCTEUR.

La montagne de Hartz.

Les montagnes et les forêts qui portent ce nom sont dans la principauté de Wolfenbuttel (Basse-Saxe).

Un enfant d'Anak.

Anak; premier géant de la race des enfans de Dieu ou de Seth. De son nom, les géans sont appelés dans l'Écriture Anachim.

Au sac de Rome.

Il semble que Lord Byron ait lu la vie du connétable de Bourbon dans notre Brantôme. Voici les paroles de ce dernier: «Les braves soldats Espagnols honoraient leur général; car, à ce que j'ai oui dire à aucuns de ce tems-là, par tout le camp, ils ne chantaient autre chanson que ses louanges, et même en cheminant pour se désennuyer, et surtout quand ils le voyaient passer; auxquels il applaudissait et les saluait fort courtoisement, leur disant, à tous les coups (ainsi qu'il disait à Rome): Laissez faire, compagnons, patientez un peu; je vous mène en un lieu que vous ne sçavez pas, où je vous ferai tous riches.......................... ...............................................................

«Le 5e de mai 1527, et ordonnant ses troupes pour le lendemain à l'assaut, il les harangua encore pour la seconde fois, disant: Mes capitaines, qui tous êtes de grande valeur et courage, et tous mes soldats très-bien aymés de moy, puisque la grande aventure de nostre sort nous a menés et conduits icy, au point et au lieu que nous avons tant désirés; après avoir passé tant de meschans chemins, avec neiges et froids si grands, avec pluies et boues, et des rencontres d'ennemis, avec faim et soif sans aucun sol, bref avec toutes les nécessites du monde..... Si vous avez jamais désiré saccager une ville pour des richesses et trésors, cette-cy en est une et la plus riche, voire la dame de tout le monde.»

Prophètes.

«Mes frères, je trouve certainement que là est cette ville que, au temps passé, prognostica un sage astrologue de moy, me disant qu'infailliblement, à la prise d'une ville, mon fier ascendant me menaçait, que j'y devois mourir; mais je vous jure que c'en est le moindre de mes soucys.» (Brantôme, Discours du Connétable à ses soldats.)

Ce qu'elle fut jadis.

«De plus, il se voulait rendre patron de la ville, et se faire dire roi des Romains.» (Brantôme, Vie du Connétable de Bourbon.)

Une écharpe blanche.

«Après que les estoiles se furent obscurcies pour plus grande splendeur du soleil et aussi des armes reluisantes des soldats, qui s'apprestaient pour aller à l'assaut; lui, après avoir ordonné de son assaut, estant vestu tout de blanc, pour se faire mieux recognoistre et apparoistre (ce qui n'estoit pas signe d'un couard), les armes à la main, marche le premier, et proche de la muraille, ayant monté deux eschelons de son eschelle, ainsi qu'il l'avoit dit le soir. Aussi, il lui advint que l'envieuse fortune, ou, pour mieux dire, traîtresse, fit qu'une arquebusade lui donna droit au costé gauche, et le blessa mortellement.» (Brantôme, idem.)

Il ne faut pas que les soldats voient cela.

«Et encores que ceste arquebusade lui ostast l'estre et la vie, toutes fois d'un seul point elle ne lui sceut oster sa magnanimité et vigueur, tant que son corps eut du sentiment. Ainsi qu'il le monstra bien par sa propre bouche: car estant tombé du coup, il dit à aucuns de ses plus fidèles amis qui estoient tout auprès de lui..... qu'ils le couvrissent d'un manteau et l'ostassent de là, afin que sa mort ne fût occasion aux autres de laisser l'entreprise si bien commencée. Et ainsi qu'il tenoit ces paroles avec un brave cœur, comme s'il n'eust eu aucun mal, il donna fin, comme mortel, à ses derniers jours.» (Brantôme, idem.)

Pour Bayard.

L'intention de César, en prononçant dans un pareil moment le nom de Bayard, est d'une cruauté tout-à-fait diabolique. «Le capitaine Bayard, atteint d'une arquebusade, se feit coucher au pied d'un arbre, le visage vers l'ennemi: où le duc de Bourbon, lequel estoit à la poursuite de nostre camp, le vint trouver, et dit audit Bayard: qu'il avoit grand pitié de lui, le voyant en cet estat, pour avoir esté si vertueux chevalier. Le capitaine Bayard lui fit réponse: Monsieur, il n'y a point de pitié en moy, car je meurs en homme de bien; mais j'ai pitié de vous, de vous voir servir contre vostre prince, et vostre patrie, et vostre serment. Et peu après, ledit Bayard rendit l'esprit.» (Mémoires de Martin Dubellay.)

FIN DES NOTES.

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings