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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04

Note (retour) — L'AGE DE BRONZE.

Paulin Paris translation

5. O ciel, dont il fut en puissance une image! O terre, dont il fut une noble créature! Et toi, île pour long-tems illustre, qui vis l'aiglon sans plumes sortir de sa coquille 211! Alpes, qui le contemplâtes, à l'aurore de son vol, planer vainqueur en cent combats! Rome, qui le vis surpasser les exploits de ton César!--(Hélas! pourquoi, lui aussi, franchit-il le Rubicon,--le Rubicon des droits de l'homme réveillé à la liberté,--et cela pour se mêler au troupeau vulgaire des rois et de leurs parasites?) Égypte, où les Pharaons, oubliés dans ces tombeaux dont la date est perdue, se levèrent de leur long sommeil, et frémirent, au fond de leurs pyramides, d'entendre retentir à leur oreille les foudres d'un nouveau Cambyse, tandis que les ombres de quarante siècles 212 bordaient, comme des géans étonnés, les ondes fameuses du Nil, ou, du haut de l'immense pyramide, regardaient le désert peuplé de combattans, qui, comme sortis de l'enfer, jonchaient de leurs cadavres les sables stériles pour engraisser cette terre jusqu'alors privée de culture! Espagne, qui, oubliant un moment le Cid, vis la bannière tricolore insulter Madrid! Autriche, dont la capitale fût deux fois prise et deux fois épargnée, et qui récompensas la clémence par la trahison! Vous, race de Frédéric!--vous, Frédérics de nom et en perfidie,--qui avez tout hérité de votre père, sauf sa gloire;--qui, tombés par terre à Iéna, tombés à genoux à Berlin 213, ne vous relevâtes que pour suivre le vainqueur! Et vous qui demeurez où demeura Kosciusko, qui vous souvenez encore de n'avoir pas acquitté la sanglante dette de Catherine Pologne! où l'ange de la vengeance passa, mais qu'il laissa comme il l'avait trouvée, toujours déserte, oublieuse de tes imprescriptibles droits, de ton peuple distribué en lots et de ton nom éteint, de tes soupirs pour la liberté, de tes longues et abondantes larmes, de ce son qui froisse l'oreille du tyran--Kosciusko! aux armes!--aux armes!--aux armes!--la guerre a soif du sang des serfs et de leur czar: le soleil brille sur les minarets de Moscou, cité à demi barbare, mais c'est un soleil couchant.--Moscou! limite de la longue carrière du héros,--en vain le désir de te voir arracha jadis à l'indomptable Charles 214 une larme glacée;--lui, il te vit;--mais comment? avec tes clochers et tes palais en proie à un commun incendie. Oui, le soldat y prêta sa mèche enflammée, le paysan donna le chaume de sa cabane, le marchand livra ses magasins, le prince son château,--et Moscou ne fut plus! O le plus sublime des volcans! les feux de l'Etna pâlissent devant les tiens, et les perpétuelles flammes de l'Hécla sont peu de chose: le cratère du Vésuve n'offre plus qu'un spectacle usé, bon pour des touristes 215 ébahis: toi seul restes sans rival jusques à l'embrasement futur où doivent expirer tous les empires. Et toi; autre élément, non moins fort et non moins sévère pour donner aux conquérans une leçon dont ils ne profiteront pas, toi, dont l'aile glacée frappa de défaillance l'armée ennemie, et fis tomber un héros à chaque flocon de neige; combien tes victimes souffrirent sous les coups de ton bec engourdissant et les étreintes de ta serre muette, jusqu'à ce que les bataillons succombassent à une dernière et unique angoisse! Vainement la Seine cherchera sur ses rives les rangs serrés de ses joyeux soldats: vainement la France rappellera sous l'ombre de ses vignes ses jeunes enfans; leur sang coule à flots plus pressés que ses vins, ou, durci en glace humaine, reste immobile dans ces momies congelées qui gisent dans les plaines polaires. Vainement l'Italie voudrait réchauffer, sous le large disque de son soleil, ses guerriers, qui, vaincus par l'hiver, disent adieu pour jamais aux rayons de l'astre de vie. De tous les trophées amassés par la guerre, que restera-t-il au retour? Le char brisé du conquérant! son courage encore tout entier! De nouveau le cor de Roland a sonné, et non pas en vain. Lutzen, où le monarque suédois périt jadis au milieu de la victoire 216, voit Napoléon triompher, mais hélas! ne le voit pas mourir. Dresde, regarde trois despotes fuir devant leur souverain,--souverain comme auparavant; mais la fortune épuisée abandonne son favori, et la trahison de Leipsick oblige à la fuite le mortel jusqu'alors invaincu; le chacal saxon délaisse le lion pour se faire le guide de l'ours, du loup et du renard; le roi des forêts rétrograde jusques à son antre, ressource dernière de son désespoir, mais il n'y trouve point asile! Oui, contrées qu'il a parcourues, je vous atteste une à une, et toutes ensemble 217! O France, dont les vastes et belles campagnes furent foulées comme une terre ennemie, et disputées pied à pied jusqu'à ce que la trahison, qui seule triompha de lui, eût de la colline de Montmartre promené ses regards sur Paris abattu! Et toi, île qui aperçois de tes remparts la riante Étrurie, toi, refuge momentané de l'orgueilleux héros, toi dans les bras de qui le jeta le danger, fiancée qui le pleures encore! O France, reconquise par une simple marche à travers un immense arc de triomphe! ô sanglant et trois fois inutile Waterloo, qui prouves comme les sots peuvent aussi avoir leur heureuse fortune, gagnée moitié par bévue, moitié par perfidie! O sombre Sainte-Hélène, avec ton geôlier cruel,--écoute, écoute Prométhée 218, du haut de son rocher, en appeler à la terre, à l'air, à l'océan, à tout ce qui sentit ou sent encore sa puissance et sa gloire, à tous ceux qui entendront un nom éternel comme le cours des ans: il leur enseigne une maxime si long-tems, si souvent, si vainement enseignée,--il leur apprend à ne jamais forfaire au devoir. Un seul pas dans la vertu eût fait de cet homme le Washington de mondes asservis: un seul pas dans la route contraire a livré son nom aux caprices des vents; roseau de la fortune et fléau des trônes, il fut de la renommée le Moloch ou le demi-dieu, le César de sa patrie, l'Annibal de l'Europe, mais sans une chute aussi honorable que la leur. Pourtant la vanité même aurait pu lui enseigner un chemin plus sûr vers la gloire où il aspirait, en lui montrant sur la stérile page de l'histoire dix mille conquérans pour un seul sage. Tandis que vers les cieux monte la paisible mémoire de Franklin,--de Franklin, calmant la foudre qu'il fit descendre d'en haut, ou tirant du sein d'une terre non moins embrasée la liberté et la paix pour une nation fière d'un tel enfant; tandis que Washington est un cri de ralliement qui ne périra qu'avec les échos des airs; tandis que l'Espagnol lui-même, si avide d'or et de guerre, oublie Pizarre pour proclamer le nom de Bolivar:--hélas! pourquoi faut-il que cette même Atlantique, qui donna le signal de la liberté, ceigne le tombeau d'un tyran,--roi des rois, et pourtant esclave des esclaves; de celui qui rompit les fers de tant de millions d'hommes pour reconstruire la chaîne que son bras avait mise en pièces, et qui méconnut les droits de l'Europe et les siens propres pour tomber entre un cachot et un trône.

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