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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 01

Note 181 — Chant Cinquième.

Paulin Paris translation

Peut-être n'est-il pas inutile de remarquer que Bacon, dans son Essai sur l'Empire, semble croire que Soliman fut le dernier de sa race, sans que je sache sur quelle autorité. Voici ses paroles: «La fin de Mustapha fut si fatale à la race de Soliman, que l'on n'ose aujourd'hui assurer si les princes turcs depuis Soliman sont de sa famille, ou s'ils sont d'un autre sang; on regardait le deuxième Soliman comme un prince supposé.» Mais il arrive souvent à Bacon de n'être pas très-fidèle dans ses autorités historiques. J'en pourrais citer une douzaine d'exemples, tirés seulement de ses apophthegmes.

Pendant que je suis en train de critiquer, et après m'être hasardé à relever les erreurs de Bacon, j'en citerai aussi quelques autres aussi légères qui se sont glissées dans l'édition des British Poets, faite par le justement célèbre Campbell.—Je le fais, au reste, dans des intentions amicales, et j'espère qu'on ne s'y méprendra pas.—Si quelque chose pouvait ajouter au cas que je fais des talens et du caractère loyal de cet écrivain, ce serait sa défense classique, mesurée et victorieuse de Pope, contre les propos et les grub-street[C] du jour.

Voici donc les inadvertances dont je veux parler:

1º Pour ce qui regarde Anstey, qui aurait pris, selon lui, «ses principaux caractères à Smollett,» il est certain que le Guide aux eaux de Bath, d'Anstey, fut publié en 1766, tandis que l'Humphry Clinker de Smollett (le seul des ouvrages de ce dernier qui ait pu fournir quelques traits à Tabitha, etc., etc.,) fut seulement écrit durant le dernier séjour de Smollett à Livourne, en 1770.—Ergo, s'il y a quelque emprunteur, Anstey doit être regardé comme le créancier. Je m'en rapporte aux propres dates de Campbell, dans ses Vies de Smollett et Anstey.

2º M. Campbell dit, dans la Vie de Cowper (note de la page 258, vol. I), qu'il ne sait à qui Cowper fait allusion dans ces vers:

«Nor he who, for the bane of thousands born Built God a church, and laughed his word to scorn.»

Ici le poète calviniste entend parler de Voltaire et de l'église de Ferney, dont l'inscription était: Deo erexit Voltaire.

3º Dans la Vie de Burns, M. Campbell cite ainsi Shakspeare:

«To gild refined gold, to paint the rose Or add fresh perfume to the violet.»

Ces corrections n'embellissent nullement l'original,

«To gild refined gold, to paint the lily To trow a perfume on the violet.» (King Johns.)

Quand un grand poète en cite un autre, il devrait être correct; il devrait encore se garder d'accuser légèrement de plagiat l'un de ses frères en Apollon. Un poète aimerait mieux piller toute espèce de choses (sauf l'argent) que les pensées des autres.—Elles ne manquent jamais d'être réclamées; mais certes il est fort pénible d'être dénoncé comme débiteur, quand on se trouve, au contraire, le créancier: tel est le cas d'Anstey à l'égard de Smollett.

Comme il y a de l'honneur parmi les voleurs, il faut qu'il y en ait aussi quelque peu parmi les poètes; et pour ce qui est de rendre à chacun ce qui lui appartient, nul, plus que M. Campbell, ne doit le faire avec désintéressement, puisque, jouissant d'une haute et incontestable réputation d'écrivain original, il est en même tems le seul poète de nos jours (Rogers excepté) auquel on puisse reprocher d'avoir écrit trop peu.

(Note de Lord Byron.)

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