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Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 3

Note 41 — L'AGITATION EN ÉCOSSE

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En me présentant au milieu de vous, mon intention était de faire ce soir un discours éloquent; mais j'en cède la partie la plus sonore à un autre, et je commence par vous présenter 100 l. s. de la part d'un de mes amis qui est aussi un ami de la justice. (Applaudissements.) De telles souscriptions ont aussi leur éloquence, et si vous en obtenez 999 semblables, vous aurez vos 100,000 l. s. (Rires d'approbation.) Mais hélas! là s'arrête mon éloquence, car où trouverais-je des expressions, de quel langage humain pourrais-je revêtir les sentiments de gratitude et de reconnaissance dont mon cœur est en ce moment pénétré? On dit que ma chère langue irlandaise excelle à exprimer les affections tendres, mais il n'est pas au pouvoir d'une langue humaine, il n'est pas au pouvoir de l'éloquence, fût-elle imprégnée de la plus séraphique douceur, de rendre ces élans de gratitude, d'orgueil, d'excitation d'âme que votre accueil me fait éprouver. (Nouvelles acclamations.) Oh! cela est bien à vous! et c'est pour cela que vous l'avez fait. Cela est généreux de votre part, et vous avez voulu me donner cette consolation! À toute autre époque de ma vie j'aurais été justement fier de votre réception; mais je puis dire que je me trouve dans des circonstances, auxquelles je ne ferai pas autrement allusion[41],—qui décuplent et centuplent ma reconnaissance.—Je suis venu ici ce soir résolu à garder cette neutralité politique qui est le caractère distinctif de votre grande lutte. Il doit m'être permis de dire cependant, puisqu'aussi bien cela ne s'écarte pas de la question des lois-céréales, que je me réjouis de voir les ducs de Buckingham et de Richmond commencer à soupçonner qu'ils pourraient bien, eux aussi, être des «conspirateurs[42].» (Approbation et rires.) C'est pourquoi ils sont partis—couple de vaillants chevaliers,—et de peur de se laisser entraîner par trop de vaillance, ils s'adressent à un magicien, dans le temple—un certain M. Platt—bonne créature—et lui demandent humblement: Dites, sommes-nous des conspirateurs?—«Non, dit M. Platt, vous ne l'êtes pas.»—Il les regarde et voit qu'ils n'appartiennent pas à cette classe qui produit les conspirateurs, car le conspirateur penche toujours quelque peu du côté populaire. (Nouveaux rires.)—«Non, répète M. Platt, vous n'êtes pas des conspirateurs.» Mais malgré cette décision, je ne conseille pas aux nobles ducs de tenter l'épreuve de l'autre côté du canal. (Rires prolongés et acclamations.) Oui, votre réception m'est délicieuse, et je sens mon cœur prêt à éclater sous le sentiment de la joie, à l'aspect de cette sympathie entre les enfants de l'Angleterre et de l'Irlande. (Bruyantes acclamations.) Je vous ai dit que votre générosité me touche. Ah! croyez bien que s'il existe sous le ciel une vertu qui surpasse la virile générosité des Anglais, on ne pourrait la trouver que dans la reconnaissance des Irlandais.—Oui, je le répète, votre conduite est noble, mais elle ne s'adresse pas à un ingrat.

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